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Facture d’un fournisseur étranger sans TVA : faut-il autoliquider ?

Une facture étrangère sans TVA n’est pas forcément erronée. Voici comment distinguer service, achat intracommunautaire et importation avant de déclarer la taxe.

15 min de lecturePar L’équipe MaFactureOK

Une responsable financière contrôle une facture sans TVA reçue d’un fournisseur étranger

Une facture reçue d’un fournisseur étranger sans TVA n’est pas automatiquement incorrecte. Dans de nombreuses opérations entre entreprises, le fournisseur facture hors taxe et l’entreprise française calcule elle-même la TVA française. Ce mécanisme s’appelle l’autoliquidation.

La bonne réponse dépend toutefois de quatre éléments : la nature de l’achat, le pays du fournisseur, son éventuel établissement en France et votre propre régime de TVA. Un abonnement logiciel acheté en Irlande, des marchandises expédiées depuis l’Allemagne et du matériel importé des États-Unis ne suivent pas exactement le même traitement.

La réponse en une minute

  • Service acheté à une entreprise de l’Union européenne : le fournisseur facture généralement hors taxe avec la mention « autoliquidation ». L’entreprise française déclare la TVA française.
  • Biens achetés et transportés depuis un autre pays de l’Union européenne : il s’agit généralement d’une acquisition intracommunautaire. Le fournisseur facture hors taxe et l’acheteur autoliquide la TVA en France.
  • Biens importés d’un pays situé hors de l’Union européenne : la TVA est traitée à l’importation à partir des données douanières, et non par une simple ligne ajoutée à la facture commerciale étrangère.
  • TVA étrangère facturée : elle ne devient pas de la TVA française déductible. Vérifiez si elle était réellement due et demandez une correction si elle a été appliquée à tort.
  • Numéro de TVA européen : contrôlez-le dans VIES et conservez la preuve de la vérification.
  • Factur-X : une facture étrangère n’a pas à devenir automatiquement une Factur-X française. Les opérations internationales relèvent généralement du e-reporting lorsqu’elles entrent dans le champ de la réforme.

Commencez par classer précisément l’achat

Avant de comptabiliser la facture, répondez à ces quatre questions.

  1. Avez-vous acheté un bien matériel ou une prestation de services ?
  2. Le fournisseur est-il établi dans l’Union européenne ou dans un pays tiers ?
  3. Dispose-t-il d’un établissement ou d’un numéro de TVA en France pour cette opération ?
  4. Votre entreprise est-elle redevable de la TVA, en franchise en base ou soumise à un régime particulier ?

La nationalité apparente du fournisseur ne suffit pas. Une société américaine peut facturer depuis un établissement français. Une société allemande peut expédier des marchandises depuis la France. Une plateforme peut aussi encaisser pour le compte d’un vendeur situé dans un autre pays. Il faut donc lire l’identité juridique, les numéros de TVA, l’adresse de l’établissement vendeur et le lieu réel de départ des biens.

Cas 1 : vous achetez un service à un fournisseur de l’Union européenne

Pour une prestation entre entreprises, la règle habituelle situe la taxation au lieu où le client professionnel est établi. Un prestataire établi dans un autre État membre facture alors sans sa TVA locale. La facture doit notamment identifier le fournisseur et le client par leur numéro de TVA intracommunautaire et porter la mention « autoliquidation ».

L’entreprise française calcule la TVA au taux français correspondant au service. Elle la déclare comme TVA collectée et, si les conditions du droit à déduction sont réunies, comme TVA déductible. Les deux mouvements peuvent donc se neutraliser financièrement, mais ils doivent tout de même être déclarés.

Exemple avec un abonnement logiciel

Une société française reçoit une facture de 1 000 euros hors taxe d’un éditeur irlandais pour un abonnement professionnel. Le service relève du taux normal de 20 % en France.

L’entreprise française autoliquide 200 euros de TVA. Si elle dispose d’un droit à déduction intégral, elle déclare à la fois 200 euros de taxe due et 200 euros de taxe déductible. Le montant payé au fournisseur reste 1 000 euros.

L’absence de TVA sur la facture est donc cohérente. En revanche, l’absence du numéro de TVA du client ou de la mention d’autoliquidation mérite une demande de correction, même si elle ne change pas nécessairement le montant à payer.

Des exceptions existent pour certaines prestations, notamment celles liées à un immeuble, à un événement, au transport de personnes, à la restauration ou à la location de courte durée d’un véhicule. Pour ces opérations, le lieu de taxation peut suivre une règle particulière.

Cas 2 : vous achetez des biens dans un autre pays de l’Union européenne

Lorsqu’un professionnel français achète des biens expédiés depuis un autre État membre, l’opération constitue généralement une acquisition intracommunautaire. Le vendeur facture hors taxe après avoir vérifié le numéro de TVA du client. L’acheteur français autoliquide ensuite la TVA française.

Exemple avec du matériel acheté en Allemagne

Une entreprise française commande pour 5 000 euros de matériel à un fournisseur allemand. Les biens partent d’Allemagne et arrivent en France. Les deux entreprises utilisent un numéro de TVA intracommunautaire valide.

Le fournisseur allemand émet une facture de 5 000 euros hors taxe. En retenant un taux français de 20 %, l’acheteur autoliquide 1 000 euros. Il peut déduire cette somme dans les conditions habituelles si le matériel est affecté à une activité ouvrant droit à déduction.

Le document commercial et la preuve du transport doivent être conservés. Le numéro de TVA ne suffit pas à démontrer à lui seul que les biens ont réellement circulé entre deux États membres.

Attention à la franchise en base

Une entreprise française en franchise en base de TVA ne bénéficie pas des mêmes effets qu’une entreprise redevable avec droit à déduction. Des règles particulières et un seuil de 10 000 euros s’appliquent aux acquisitions intracommunautaires de biens. Au-delà du seuil, ou dans certains cas d’option et d’utilisation d’un numéro de TVA intracommunautaire, la TVA française peut devenir due sans être récupérable.

Une micro-entreprise ne doit donc pas conclure que l’opération est neutre simplement parce que le fournisseur a facturé hors taxe. En cas de doute, faites confirmer le régime applicable avant le paiement et la déclaration.

Cas 3 : vous importez des biens depuis un pays hors Union européenne

Un achat de biens expédiés depuis les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni ou un autre pays tiers suit le régime de la TVA à l’importation. La facture commerciale du fournisseur peut être sans TVA française, mais la taxe reste susceptible d’être due lors de l’entrée des biens dans l’Union européenne.

Depuis 2022, une entreprise identifiée à la TVA en France déclare généralement la TVA à l’importation sur sa déclaration de TVA. Les données proviennent des déclarations en douane et certains montants sont préremplis. Si l’entreprise dispose d’un droit à déduction, la collecte et la déduction peuvent être portées sur la même déclaration.

Ne calculez pas cette taxe en ajoutant simplement 20 % au total de la facture étrangère. La base d’imposition peut intégrer le prix des biens, certains droits de douane, des frais accessoires et le transport jusqu’au premier lieu de destination. Rapprochez plutôt la facture, le document douanier et la déclaration de TVA.

L’achat d’un service auprès d’un prestataire établi hors de l’Union européenne suit encore une autre logique. Dans le cas B2B habituel, le client français autoliquide la TVA sur le service, sous réserve des exceptions de territorialité.

Cas 4 : le fournisseur a ajouté de la TVA

La présence d’une TVA sur une facture étrangère n’est ni toujours correcte, ni toujours erronée. Trois situations doivent être distinguées.

Le fournisseur facture légitimement de la TVA française

Le vendeur peut disposer d’un établissement en France ou être identifié à la TVA française pour l’opération concernée. Vérifiez alors le numéro commençant par FR, le lieu de l’opération et les autres mentions obligatoires. Si la taxe française est légalement due et que votre achat ouvre droit à déduction, elle peut être traitée comme une TVA déductible ordinaire.

Le fournisseur facture sa TVA locale

Une TVA allemande, espagnole ou italienne ne se déduit pas directement sur la déclaration française. Elle peut être correcte pour certaines dépenses localisées dans ce pays. Une procédure de remboursement de TVA étrangère peut éventuellement être ouverte selon le pays, la dépense et les conditions applicables.

Le fournisseur a facturé de la TVA à tort

Une taxe inscrite par erreur ne devient pas déductible parce qu’elle apparaît sur un document. Le BOFiP rappelle que la TVA facturée à tort n’ouvre en principe pas droit à déduction chez le client. Demandez au fournisseur une facture rectificative et le remboursement de la taxe indue.

Ne modifiez jamais vous-même le PDF reçu et ne remplacez pas la TVA étrangère par de la TVA française dans le document du fournisseur. La correction doit venir de l’émetteur. Vous pourrez ensuite appliquer le traitement fiscal approprié dans votre comptabilité.

Que vérifier sur la facture avant de la comptabiliser ?

Une facture étrangère sans TVA doit au minimum vous permettre de comprendre qui vend, qui achète et quel régime explique l’absence de taxe. Contrôlez notamment :

  • la raison sociale et l’adresse exactes du fournisseur ;
  • votre propre raison sociale et votre adresse ;
  • le numéro et la date de facture ;
  • la date de livraison ou d’exécution lorsqu’elle diffère ;
  • la description, la quantité et le prix des biens ou services ;
  • la devise utilisée et, si nécessaire, le traitement du taux de change ;
  • le numéro de TVA du fournisseur et celui du client lorsqu’ils sont requis ;
  • la mention « autoliquidation » lorsque ce mécanisme s’applique ;
  • le pays de départ et de destination des marchandises ;
  • la cohérence entre le total, le montant payé et les éventuels frais annexes.

Pour une facture exprimée en dollars ou dans une autre monnaie, consultez aussi notre guide sur la facture électronique en devise étrangère.

Comment vérifier un numéro de TVA européen dans VIES ?

VIES permet de vérifier si un numéro est enregistré pour les échanges intracommunautaires. Saisissez le pays et le numéro du fournisseur. Lorsque le service le permet, renseignez aussi votre propre numéro afin d’obtenir une trace plus complète de la consultation.

Conservez le résultat, la date et l’heure de la vérification. Cette preuve montre que vous avez réalisé un contrôle raisonnable au moment de la transaction. Vous pouvez utiliser notre page de vérification d’un numéro de TVA intracommunautaire, qui interroge la source européenne et présente le résultat dans un langage simple.

Un résultat « invalide » constitue une alerte, mais il n’explique pas toujours sa cause. Le numéro peut être inexistant, mal saisi, pas encore activé pour les opérations intracommunautaires ou en cours d’enregistrement. VIES peut aussi être temporairement indisponible parce qu’il dépend des bases nationales. Réessayez plus tard, demandez une confirmation au fournisseur et ne validez pas l’opération importante sur la seule base d’une capture ambiguë.

Notre article sur le numéro de TVA invalide dans VIES détaille les vérifications à effectuer avant de payer ou de déduire la taxe.

Une facture étrangère doit-elle être au format Factur-X ?

Pas automatiquement. Le champ français de la facturation électronique obligatoire vise les opérations domestiques entre assujettis établis en France. Une facture reçue d’un fournisseur établi à l’étranger ne doit donc pas devenir une Factur-X française pour la seule raison que le client est français.

Les opérations internationales entrent généralement dans le e-reporting lorsqu’elles relèvent de son champ. L’entreprise française peut avoir à transmettre des données de transaction à l’administration, selon la nature de l’opération et la personne redevable de la TVA. Les données attendues peuvent comprendre le pays, l’identifiant de TVA étranger, la date, le numéro de facture, les montants et la devise.

Il faut ainsi séparer deux questions :

  1. Le fichier reçu est-il techniquement exploitable et contient-il les bonnes informations ?
  2. L’opération doit-elle être autoliquidée, déclarée en douane ou transmise en e-reporting ?

Une plateforme agréée gère les flux couverts par la réforme, mais elle ne peut pas deviner un lieu de taxation erroné à partir d’un fichier incomplet. Pour comprendre la différence entre e-invoicing et e-reporting, consultez notre guide selon le type de client et d’opération.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Déduire une TVA étrangère comme s’il s’agissait de TVA française.
  • Oublier l’autoliquidation parce que le montant payé au fournisseur est hors taxe.
  • Autoliquider deux fois, une première fois à la réception puis une seconde lors du rapprochement comptable.
  • Utiliser un numéro de TVA sans le vérifier dans VIES.
  • Confondre l’importation d’un bien avec l’achat d’un service hors Union européenne.
  • Ignorer le régime de franchise en base de l’acheteur.
  • Ajouter soi-même une mention ou un montant au PDF du fournisseur.
  • Considérer qu’une facture techniquement valide suffit à prouver que la TVA est déductible.

Une déduction injustifiée peut être remise en cause lors d’un contrôle. Notre dossier sur la TVA refusée à cause du fournisseur ou de la facture explique les pièces à réunir pour sécuriser votre dossier.

La marche à suivre en six étapes

  1. Identifiez le fournisseur réel. Contrôlez sa raison sociale, son pays, son établissement vendeur et ses numéros fiscaux.
  2. Classez l’achat. Séparez bien, service, acquisition intracommunautaire et importation.
  3. Vérifiez la TVA. Contrôlez les numéros européens dans VIES et déterminez si une TVA facturée est française, étrangère ou indue.
  4. Demandez une correction si nécessaire. Le fournisseur doit corriger son propre document. Ne retouchez pas la facture reçue.
  5. Déclarez le bon mécanisme. Autoliquidation, TVA à l’importation et e-reporting répondent à des règles différentes.
  6. Archivez les preuves. Conservez facture, résultat VIES, contrat, bon de commande, preuve de transport, document douanier et échanges de correction.

Avant paiement, vous pouvez déposer le document sur notre outil pour vérifier une facture reçue et son fournisseur. Le contrôle met en évidence les incohérences lisibles dans le fichier et vérifie les identifiants disponibles. La décision fiscale finale dépend toutefois de la réalité de l’opération et de votre régime.

Questions fréquentes

Dois-je payer de la TVA si la facture étrangère est hors taxe ?

Souvent oui, mais pas au fournisseur. Dans une autoliquidation, l’entreprise française calcule et déclare elle-même la TVA. Si elle a un droit à déduction intégral, elle peut déduire simultanément la même somme. Pour une importation de biens, la TVA se traite à partir des données douanières.

Puis-je déduire la TVA allemande ou espagnole sur ma déclaration française ?

Non. Une TVA étrangère ne se déduit pas comme de la TVA française. Vérifiez d’abord si elle était due. Si elle a été facturée à tort, demandez une correction. Si elle est légitime, une procédure distincte de remboursement peut parfois être utilisée.

Que faire si le numéro du fournisseur est invalide dans VIES ?

Vérifiez la saisie, réessayez plus tard et demandez une attestation au fournisseur. Un résultat invalide peut signaler un numéro inexistant ou non activé, mais aussi une mise à jour en attente. Pour une opération sensible, ne vous contentez pas d’une explication orale.

Une micro-entreprise doit-elle autoliquider ?

La franchise en base n’exonère pas de toutes les obligations sur les achats étrangers. Le traitement varie selon qu’il s’agit de services ou de biens, et un seuil spécifique existe pour certaines acquisitions intracommunautaires. Une TVA peut être due sans droit à déduction. Faites valider votre cas avant de déclarer.

Puis-je convertir la facture étrangère en Factur-X ?

La conversion technique ne change ni le pays du fournisseur, ni le lieu de taxation, ni le régime de TVA. Elle peut faciliter l’exploitation du document, mais elle ne corrige pas une taxe erronée et ne remplace pas une facture rectificative émise par le vendeur.

Qui doit transmettre les données en e-reporting ?

Cela dépend de l’opération et de la personne redevable. Pour certaines acquisitions intracommunautaires ou prestations achetées à l’étranger, l’entreprise française doit transmettre les données par sa plateforme. Le calendrier, le régime de TVA et les exceptions doivent être vérifiés avec la documentation en vigueur.

Limites du service

MaFactureOK effectue un pré-contrôle du fichier, de ses montants, de ses mentions et des identifiants détectés. Pour un numéro européen, le service peut interroger VIES. Il peut ainsi signaler une mention manquante, une incohérence de total ou un numéro non confirmé.

Le service ne détermine pas à lui seul le lieu fiscal de chaque prestation, ne remplace pas les documents douaniers, ne dépose pas votre déclaration de TVA et ne transmet pas vos données au e-reporting. MaFactureOK n’est ni une plateforme agréée, ni un cabinet comptable, ni un conseil fiscal. Les opérations immobilières, événements, transports, ventes à distance, régimes de marge, établissements stables et droits à déduction partiels nécessitent une analyse adaptée.

En pratique

Une facture étrangère sans TVA doit déclencher une vérification, pas un rejet automatique. Identifiez l’opération, contrôlez les numéros, cherchez la mention qui justifie l’absence de taxe et rapprochez la facture des preuves de livraison ou de douane.

Si l’autoliquidation s’applique, comptabilisez et déclarez la TVA française même si aucun montant n’a été versé au fournisseur au titre de cette taxe. Si une TVA a été facturée à tort, demandez une correction avant de la déduire. Cette méthode protège mieux votre entreprise qu’un simple contrôle visuel du total à payer.

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